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4 mars 16/ L’union fait-elle vraiment la force !

Il y a onze ans, en scrutant le paysage politique du « monde révolutionnaire » tchadien, j’émettais déjà le doute (le doute persiste encore) quant à la réussite de l’action salvatrice pour le pays que nous prétendions mener.

Il s’agit bien entendu de l’union de force pour un changement positif dans notre chère patrie. Il est vrai que ce doute, je l’ai toujours en moi depuis fort longtemps. Mais je ne voulais pas l’extérioriser pour ne pas décourager les ambitions réformatrices que les vrais patriotes avaient. Je m’étais tue alors. Et j’avais tort en observant ce silence.

C’était un silence douloureux puisque deux forces se battaient en moi. L’une était, comme je le disais tantôt, supposait qu’en exprimant ces inquiétudes, je risquais de contribuer, sans le vouloir, au découragement de ceux qui militent pour le changement. L’autre force disait qu’en taisant ces inquiétudes, je contribuerais aussi, sans le vouloir toujours, à entretenir une situation révolutionnaire dont l’échec quant à son aboutissement est quasi-visible.

Mais finalement, après avoir pesé le pour et le contre, je m’étais mis presque machinalement à écrire les lignes que je proposerai à la relecture. Je propose aujourd’hui la relecture de cet ancien texte parce qu’il semble que mes appréhensions n’étaient pas vraiment un vulgaire symptôme d’hallucinations de persécution intellectuelle. Car ces inquiétudes, ses appréhensions s’étaient clairement manifestées de manières très éloquentes, le 13 avril 2006 et le 2 février 2008.

Et comme d’habitude, on se poserait la question de savoir : mais enfin pourquoi nous faire relire quelque chose d’ancien alors qu’il faudrait plutôt nous proposer quelque chose de nouveau en rapport avec la nouvelle donne que connait le pays ? Ma réponse à cette éventuelle question est la suivante : d’abord, il n’y a pas une nouvelle donne. Le pays vit les mêmes conditions, la même situation sur tous les plans. De même que les leaders sont restés les mêmes quant à leur degré d’organisation dont la priorisation des étapes de leur lutte. Bref, je reviendrai sur le sujet après la lecture de cet article intitulé « l’union fait la faiblesse ».

L’union fait la faiblesse.

L’histoire des résistances contre les différentes formes des dictatures nous enseigne que la plupart des concepteurs des méthodes de lutte pour l’émancipation de leurs peuples n’ont pas survécu à la réalisation de leurs œuvres. Généralement, c’était leur conviction platonicienne du sens de la lutte qu’ils menaient et leur inébranlable volonté d’apporter un changement positif pour leurs sociétés qui étaient les causes de leur élimination politique et/ou physique. De même, la plupart des théoriciens et penseurs, inspirateurs des révolutionnaires, n’ont grandi que post-mortem.

Tout prêt de nous, Marx, Engels ainsi que leurs camarades de la même époque, n’ont pas eu le plaisir de savourer l’aboutissement de leur œuvre qui fut, quoi qu’on dise, le catalyseur du processus de décolonisation. Le continuateur de ces penseurs, Lénine, n’a pas vécu le passage de sa patrie de « village européen » à une superpuissance à l’échelle mondiale, bien qu’il fût l’auteur principal de la chute du tsarisme. Trotski prit ses jambes au cou et trouva la mort sous les balles d’un homme de main de Staline quelque part en Amérique Latine.

En France, après l’avalanche des procès qui conduisirent les réactionnaires tels que Brissot et nombre d’influents membres de son parti, communément appelé girondin, et autres orléanistes à la guillotine, ce fut le tour des pères mêmes de la révolution de se neutraliser par Sanson interposé et sa légendaire « tondeuse national », la guillotine.

En effet, Robespierre et son alter ego, Saint-Just, réussirent à avoir la tête de George Jacques Danton et ses camarades dont son inséparable ami, le pamphlétaire Camille Desmoulins. Trois mois et 22 jours après, les dantonistes rescapés éliminèrent Robespierre et ses camarades par le même procédé.

Ainsi donc, de 1789 à 1794, soit cinq ans après le déclanchement de la révolution française, il ne resta aucun meneur d’homme sincère, de gauche soit-il ou de droite. Ils furent tous victimes de leur propre invention, le tribunal révolutionnaire et son instrument d’application, l’effroyable invention du Dr Guillotin. L’union des forces du changement a donc vécu. Une union imposée par la phase de la lutte.

Les « commandants » de la révolution n’étant plus là, la porte fut ainsi grande ouverte aux révisionnistes et autres opportunistes de tout acabit d’ « anathématiser » les idéaux pour lesquels des milliers d’hommes et des femmes ont perdu la vie. Le paroxysme de ce revirement réactionnaire fut atteint avec le rétablissement de la traite négrière.

La résistance tchadienne, quant à elle, est sujette à diverse interprétation selon qu’on est côté cour ou côté jardin, si toute fois jardin ou cour, nous en avons.
Après la mort d’Ibrahim Abatcha, le fondateur du FROLINAT, des individus, de tout bord, s’introduisirent au sein de la jeune révolution que les fondateurs voudraient progressiste et sociale. Et ce n’est pas le croissant frappé à son emblème, exploité sciemment par une catégorie des tchadiens pour déprécier le mouvement, qui démentirait les intentions communisantes de son jeune chef. A propos, l’aspect de l’emblème du FROLINAT, à l’époque d’Abatcha, n’a pas été arrêté définitivement, et de toutes les manières, cela n’a pas empêché que le jeune révolutionnaire soit accueilli dans les capitales des pays progressistes en homme d’Etat.

Sa première déclaration fut annoncée et soutenue par Nkrumah à Acra, capitale du Ghana. La Corée du nord lui déroulait le tapis rouge. Nasser de l’Egypte l’admirait sans parler de ses solides relations avec les révolutionnaires africains et non africains.

Après sa mort, c’est la déconfiture. Les opportunistes et autres illettrés ont fait de ce mouvement populaire ce que l’on sait : Institutionnalisation de la haine et la discorde entre les fils de notre patrie, répartition du mouvement en clan et sous clan.

Jusqu’à nos jours, bien qu’il y a encore une bonne brochette des révolutionnaires « frolinatistes » sincères, des individus se proclamant du FROLINAT et dont on connaît les délits, continuent toujours à parasiter (infecter) les mouvements réformateurs, les noyautant par leur scélératesse. Pire, c’est autour de ces crapuleux hypocrites que la plupart des innombrables coalitions des opposants se font et se défont. En fait d’opposants, ils sont plutôt des mécontents qui ont perdu leurs places à la « mangeoire nationale ». Parmi ces messieurs, il y a ceux qui se sont introduit avec une réelle volonté de congestionner les initiatives révolutionnaires qui ne sont pas à leur goût. D’autres encore, maintiennent une position idéologique sciemment superflue, préparant ainsi le terrain pour un éventuel ralliement au pouvoir.

Une troisième catégorie, celle des jeunes prétentieux, fascinés par le gain facile de leurs aînés à travers la politique, s’improvisent opposants toujours dans le but de se faire remarquer pour « on ne sait jamais ».

De Tombalbaye à Deby, en passant par Malloum et Habré, la république n’a cessé de nous servir de tels individus, causes des échecs successifs des mouvements d’opposition sans qu’on n’en tire les conséquences.

Bien entendu, il n’y a aucune révolution, même la plus sérieuse, qui n’a pas connu une période de refroidissement voire d’échec avant de repartir sur des nouvelles bases. Et les causes des échecs partiels ou totaux étaient souvent dues aux félons et autres agents secrets qui s’introduisaient au sein du groupe des patriotes. Il faut dire qu’il n’est pas souvent aisé de distinguer ceux qui se rallient à l’opposition par conviction et ceux qui sont ou se sont introduits à des fins bien précises, ayant une mission spéciale. Alors, que faire ?

A titre d’exemple, le FNL algérien avait découvert que les fuites d’informations qu’il constatait, furent l’œuvre des collaborateurs des colons, introduits prudemment au sein des moudjahiddines. Ces derniers, pour s’assurer des intentions réelles des nouveaux venus, auraient inventé un test inouï. Ce test, bien qu’on n’en parle presque pas, consistait à renvoyer les nouveaux venus suspects en milieux français pour commettre des actes de sabotages de grande envergure. Poursuivis par les français pour crime ou trahison au profit des rebelles, ils n’avaient d’autre choix que de travailler pour la réussite de la révolution, leur nouvelle force protectrice. Depuis lors, semblait-il, aucune information importante n’avait fait son chemin vers les colons.

Au Tchad, et ce, depuis toujours, il suffit, tout juste, de dire verbalement que je ne suis pas d’accord avec le pouvoir en place et l’on est automatiquement nommé aux plus hautes fonctions des organes dirigeantes de l’opposition malgré toutes les conséquences, d’ailleurs, prévisibles que cet acte entraînerait. C’est pourquoi, rassembler à tour des bras des hommes de tout bord, dans le but d’élargir le mouvement d’opposition, est une erreur fatale que les patriotes doivent éviter.
La grandeur d’un parti politique, d’un mouvement ne se mesure pas par le nombre de ses militants ; elle se mesure par la justesse de la cause et la pertinence des solutions qu’elle propose. Saddam Hussein, le président irakien déchu, disait : « La valeur d’un discours réside dans la réalité des faits qu’il désigne ».

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les hommes politiques tchadiens, devant les cas des ralliements à leurs formations, ont intérêt à discerner le bon grain de l’ivraie. Lutter contre le régime en place n’est pas une fin en soi. Il est nécessaire que les opposants soient clairs dans leurs revendications politiques basées sur des approches idéologies précises. L’amalgame des programmes politiques qui ne se distinguent que par les initiales des partis n’est pas de nature à créer un climat de compétition démocratique honnête et durable.

S’il est vrai qu’il n’y a pas de développement sans contradictions, ces dernières doivent être basées sur des concepts de développement auxquels on y croit fermement ; et non pas des réfutations chafouines sciemment alimentées et entretenues par des ragots en guise discours politique pour faire croire qu’on est homme d’Etat.

De même, les coalitions des formations politiques devraient être, d’abord, des « coalitions des principes » généraux édictés dans leurs programmes politiques respectifs et non une ligue des chefs sans convictions idéologiques précises et qui n’aspirent qu’à leurs grimpettes politiques personnelles. La fragilité de ces genres de « corporations » est démontrée non seulement par leur désagrégation dès que le gâteau à partager s’avère être minime, mais souvent elles se disloquent avant même d’arriver jusqu’au…gâteau. En d’autres termes, l’union fait la force de ceux qui ont en partage une volonté sincère allant dans le sens d’un changement positif à l’instar de celle de Ho chi Minh et ces camarades qui ont réalisé la leur, selon certaines sources, dans un stade de football à Hong-Kong. Alors que les spectateurs applaudissaient les joueurs, Ho chi Minh et ses compagnons applaudissent leur union.

Dans le cas du Tchad, pour renverser le régime clanique en place, comme première phase de la lutte, une union pourrait très bien comporter des formations d’obédiences différentes voire opposées, mais sincères. Après la chute du régime, cette union devra laisser la place à des coalitions voire des fusions des mouvements et partis politiques basées sur la similitude des concepts idéologiques et autres approches de développement.

La chute du régime en place ne devrait pas être, pour l’opposition, une fin en soi. Le travail à faire pour redonner un visage civilisé à notre patrie et à notre peuple, nécessite des prises positions sincères, élaborées sous forme des programmes politiques cohérents ; car les séquelles provoquées par la bande de malfrats sans foi ni loi, cette formation maligne qui nous ronge depuis quinze ans, ne se réparent pas par un coup de bâton magique porté par des coalitions contre nature.

Albissaty Saleh Allazam

 
 
 
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